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 Avec le changement de majorité au Sénat, fin septembre 2011, l’essentiel de la classe politique et médiatique, des politologues et sondeurs patentés, a découvert que le monde rural avait changé.

De plus en plus connecté au monde urbain, comme l’a bien montré le Congrès 2011 de l’AMRF de Monts- sur- Guesnes, il avait connu une recomposition sociale que deux séries de chiffres résument : entre 1962 et 1999, la part des agriculteurs dans la population est passée de 33% à 7%, celle des cadres moyens et supérieurs de 4% à 20%.

Ses élus ne se contentaient plus de se plaindre du naufrage des services public et de grogner contre des réformes mortifères et ruralicides, imposées autoritairement, ils tiraient les conséquences politiques du mépris ouaté dans lequel ils étaient tenus.

Le Sénat n’était plus cette « anomalie démocratique » qui arrangeait pas mal de monde et pas seulement à Droite. Des candidats donnés perdants étaient élus face à des Présidents de conseils généraux jugés imbattables. « C’est dans les départements plus ruraux que la gauche enregistre des gains parfois inattendus », note Le Monde du 28 septembre 2011. Le Loiret et le Morbihan en sont les exemples les plus emblématiques, mais il y en a d’autres. Les candidat(e)s centristes ou sans appartenance qui n’avaient pas soutenu la « réforme » réalisaient aussi des scores enviables. Comme quoi les vertus d’un même mode de scrutin, ici le scrutin majoritaire, peuvent être changeantes.

Le Pouvoir, à l’exception de Nicolas Sarkozy toujours aussi sûr d’avoir raison, ayant dû  reconnaître que sa « réforme » territoriale avait fait des dégâts, avalanche de justifications, de commentaires, et mise en place de contre-feux s’en suivirent.

Tout était la faute des préfets qui avaient fait du zèle. Comme si les préfets, par les temps qui courent, pouvaient faire autrement que d’appliquer scrupuleusement textes et instructions. Pour prendre un exemple caricatural, on ne sache pas que celui du Gard ait eu à pâtir du gazage d’Anduze.

Au chapitre contre-feux : mesures dilatoires et rustines.

Ainsi le Premier ministre vient-il de décider le report de la date limite de publication des schémas départementaux de la coopération intercommunale, le Ministre des collectivités territoriales de créer une « cellule dédiée au traitement des cas difficiles ». Probablement comprendra-t-elle, comme pour les grandes catastrophes, des psychologues.

Des propositions de lois demandant reports, clauses de « revoyure », traitement spécifique des  difficultés les plus urticantes, telle celle des syndicats scolaires, sont rédigées et médiatisées à la hâte.

Peine perdu car le problème n’est pas l’application de la réforme mais la réforme tout court. Non seulement dans ses aspects les plus spectaculaires, comme la question du conseiller territorial, mais aussi dans ses aspects qui auraient pu être consensuels, comme l’achèvement de la carte de l’intercommunalité.

C’est donc au pied de ce mur que les élus ruraux attendent la nouvelle majorité sénatoriale.

« Les élus ruraux ont donné le Sénat à la gauche », titrait Le Monde du 27 septembre 2011.

Il serait plus exact de dire qu’ils le lui ont simplement prêté pour trois ans renouvelables.

C’est ça la fin de « l’anomalie démocratique ».

 

 

 


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