Friday, September 03, 2010
 vous êtes ici > Réflexions » Economie et Société » Vive le plein emploi   Login 
 RÉFLEXIONS

politique.gif

ruralite.gif

education.gif

justice.gif

europe.gif

b_eco.gif

notes.gif

b_memoriam.gif

 Actualités

  

 Vive le plein emploi
Minimize
Vive le plein emploi
 
Voir une seule page

Dans le domaine économique, règne en France, un étrange consensus. Théoriciens libéraux ou néo marxistes, technocrates, chefs d’entreprises ou d’appareils partisans, médias presque sans exception, se retrouvent pour faire du plein emploi le sous produit, aussi certain que toujours différé, de la « rigueur ».

Il n’y a pas si longtemps, les voyages des biens pensants en URSS, en Chine ou à Cuba, vérifiaient rituellement, les vertus du socialisme réel. Aujourd’hui, ce sont les exemples des USA, du Royaume Uni, de l’Irlande, de l’Espagne, d’autres encore selon la mode du moment, qui sont mobilisés, avec le même enthousiasme, au service de la doxa.

 

Faute de théories et d’analyses adaptées à une réalité économique qui leur échappe, les acteurs politiques et sociaux qui persistent, à juste titre, à placer le plein emploi au cœur de leurs préoccupations, demeurent malheureusement impuissants à infléchir le cours des choses.

 

Pourtant, depuis Keynes, des outils intellectuels permettant de nourrir l’action existent ; mais ils restent l’affaire de quelques spécialistes et de circuits confidentiels. Inutile de compter sur les médias, même spécialisés, même « alternatifs » pour les diffuser.

 

Le but de la rubrique « Vive le plein emploi ! » de ce site, est donc double :

-         porter à la connaissance de ceux que cela intéresse les travaux et propositions occultés par la « pensée unique » qui pourraient permettre à notre pays de sortir de l’ornière dans laquelle il se trouve ;

-         offrir un lieu d’échanges entre économistes et acteurs politiques, sur le thème d’une nouvelle politique économique pour la France et pour l’Europe.

 

On peut donc lire ci-dessous d’une part, les actes du Colloque du Sénat (prochainement en ligne) et d’autre part, les contributions de différents économistes sur la question du plein emploi.

 


Vive le plein emploi | Page 1 sur 1 | Vive le plein emploi
 Colloque Sénat 30 juin 2006
Minimize
Quelle croissance pour la France ?

A l'initiative de Pierre-Yves Collombat, une conférence internationale "Quel modèle de croissance pour la France: la leçon des expériences étrangères" s'est tenue le 30 juin au Sénat avec la participation d'éminents économistes internationaux (James Galbraith, Thomas Ferguson, Olivier Giovannoni, Julio Lopez, Mario Seccareccia, Henri Sader, Augusto Graziani, Luiz Carlos Bresser Pereira, Otto Steiger, Marc Humbert, J.G.Bliek, Jacques Fontanel, Albert Marouani, J.P.Mockers, Alain Parguez, B.de Largentaye). Ont été abordés les modèles américains, canadiens, sud-américains, italiens, japonais et allemands.
Les Actes du Colloque

 
read more ...

 Contributions au débat
Minimize
En finir avec l'épouvantail du déficit commercial | Pourquoi les Etats sont ils en déficit ? | L'endettement est-il une maladie honteuse ? | Allègements budgétaires expansionnistes
 
Voir une seule page
En finir avec l’épouvantail du déficit commercial français
par Jean-Gabriel BLIEK
 
 
 
Commet comprendre l’attachement des français au signe de bonne santé que constituerait l’excédent commercial ?
Pour comprendre l’angoisse française concernant le solde commercial il faut quitter le domaine scientifique et rejoindre la mythologie.
 
I) la mythologie dangereuse du déficit commercial
 
Propre à la France, elle se concentre sur trois mythes fondamentaux répétés à satiété :
 
1) Le mythe des déficits jumeaux
 
C’est l’idée que plus une économie est ouverte, plus l’augmentation de la demande résultant de la politique budgétaire de l’Etat bénéficiera à l’étranger sous la forme d’un accroissement des importations. Il n’y aurait donc aucun effet positif pour l’économie française.
Ce postulat dit des déficits jumeaux, déficit du budget se traduisant par un déficit de la balance commerciale, est aujourd’hui repris par tous ceux qui pensent que la globalisation impose une véritable camisole de force.
Cette théorie des déficits jumeaux a été élaborée, dès 1963, par Jacques Rueff. Il y a pour J Rueff un mécanisme stabilisateur à l’œuvre dans tout déficit de la balance des paiements. Si déséquilibre il y a, si la balance commerciale est déficitaire, alors une baisse du revenu dans le pays déficitaire oblige à une baisse des prix ce qui améliore la compétitivité à l’extérieur. De plus, une réduction de la masse monétaire conduit à une hausse du taux d’intérêt qui conduit à des rentrées de capitaux. Le mécanisme de rééquilibrage naturel est contrarié par la politique d’augmentation de la demande par le déficit budgétaire
Cette théorie n’a pas reçu la moindre confirmation dans les faits.
En France, le solde commercial est devenu déficitaire en 2005 sans que le déficit budgétaire ne s’accroisse. Le solde commercial est redevenu positif sans discontinuer à partir de 1992 et l’excédent commercial devient record en 1997 après que le déficit budgétaire a atteint son sommet à presque 6% du PIB en 1996. Par la suite, le solde commercial est resté positif sans que le déficit budgétaire ne disparaisse. En 2004, il redevient négatif : en 2005, le déficit commercial est de – 26,4 milliards d’euros et en 2006 il atteint 30 milliards d’euros.
Aux Etats-Unis, les excédents budgétaires sous l’Administration Clinton de 1998-2001 se combinent avec un solde commercial déficitaire. En Allemagne, de 2001 à 2006 le solde commercial est devenu excédentaire avec un déficit budgétaire maintenu. Au Japon, le budget est en déficit depuis 1998 et le solde commercial reste positif.
Dans aucun des grands pays développés on constate le moindre rapprochement statistique entre un déficit budgétaire et un déficit commercial.

En revanche, on voit bien le but d’un tel rapprochement forcé : appliquer une politique déflationniste au pays commercialement déficitaire et empêcher par avance toute politique keynésienne. 

2)Le mythe de la mauvaise spécialisation de la France
 
Après, le mythe : la France est en déficit car les français consomment trop, voilà le mythe : la France est déficitaire car elle s’est spécialisée sur les mauvais créneaux. Après la culpabilité, voilà le tour de la fatalité.
Mauvaise spécialisation géographique ; mauvaise spécialisation industrielle.
Or, si la France n’est pas comme l’Allemagne la spécialiste des machines–outils, les exportations ne souffre pas d’un déficit technologique par rapport à l’Allemagne selon François David, président de la Coface.
« Il n’y a pas d’industries périmés, il n’y a que des technologies dépassées » disait Pierre Dreyfus ancien patron de Renault. La France s’était spécialisé dans les industries ferroviaires. Mauvais créneau avait rappelé l’héritier spirituel de R. Barre, Jean-Claude Casanova, au début des années 1980. La technologie du TGV a changé la donne et fait d’Alsthom l’un des leader mondiaux dans ce domaine.
A la lecture des différents postes des exportations, mises à part une moindre présence en Chine, aucune mauvaise spécialisation ou retard technologique n’est à signaler.
 
3) Le mythe de la baisse de la compétitivité de la France
 
Troisième mythe fondateurs du soi-disant déclin français : les produits français sont peu exportables car trop chers. Ils sont trop chers car les français ne travaillent pas assez et coûtent trop chers.
Les statistiques de l’OCDE font apparaître que la France est le deuxième pays exportateur par habitant de l’Europe après la Norvège.
On mesure la performance de l’économie française quand on la compare à l’Allemagne qui bénéficie d’une base industrielle double de celle de la France et d’un potentiel de PME exportatrice double (200.000 entreprises) de celui de la France.
De même si on prend en compte l’influence de l’euro, la performance reste significative. L’euro s’est réévalué de +30% de 2002 à aujourd’hui. Compte tenu de la hausse du pétrole, le déficit de la balance courante française (-1,9% du Pib) est relativement faible. Le solde commercial très positif de l’Allemagne s’explique par le poids des ex-pays de l’Est qui compte autant dans les exportations allemandes que la seule France : le potentiel industriel s’est effondré dans ces pays et l’Allemagne a comblé le vide.
Ce mythe a pour raison d’être de forcer les français à accepter une baisse de salaire.
 
Ce mythe veut lier la question du solde commercial au problème du chômage. Un solde commercial positif permet de résoudre la question du chômage. Donc, pour réduire le chômage il faut accepter une baisse du pouvoir d’achat qui permettra d’exporter et d’embaucher en conséquence. Comme si tous les français travaillent pour l’exportation et comme si les exportations souffraient d’une mauvaise compétitivité-prix.
Prenons le cas de l’Allemagne :
 
 
Année
Solde balance courante en % du Pib
Taux de chômage en % de la population active
2000
-1
9,6
2001
0,5
9,4
2002
1,1
9,9
2003
1,3
9,5
2004
3,7
10,5
2005
4,1
11,7
2006
4,4
10,4
 
Il n’y a pas de corrélation entre les performances à l’exportation et le niveau du chômage. Le chômage ne se règle pas avec un solde positif de la balance courante ; c’est l’affaire d’un niveau adéquat de la demande interne.
Au final, la mythologie du déficit commercial veut culpabiliser les français et leur faire accepter la potion amère d’une politique déflationniste. Rien dans les chiffres ne le justifie ; le solde commercial n’est qu’une résultante économique et en aucun cas un objectif de politique économique.
 
II) La nature relative du solde commercial
 
Comment analyser alors la réalité du solde commercial français ? Il faut d’abord en cerner l’aspect comptable et financier avant de le ramener aux grandes mesures macroéconomiques.
 
1) Le solde commercial est une notion comptable
Par construction, la somme des soldes commerciaux de tous les pays est nulle. Ce qui a deux significations :
-la première est une tautologie : les déficits commerciaux des uns sont les excédents des autres.
-la seconde est une impossibilité : vouloir imposer comme norme l’excédent commercial est une impossibilité mathématique. Cette « norme » signifie tout au plus, si elle a une signification, que l’essentiel se situerait dans les marchés extérieurs au détriment du marché national, comme si tout le monde travaillait pour l’exportation.
 
Le solde positif bénéficie d’un grand prestige. En soi un solde n’a pas de signification précise : un excédent commercial peut être le reflet d’une politique déflationniste qui comprime la demande interne et diminue les importations. Ce n’est pas une réussite économique alors.
 
Le solde négatif serait le comble de l’abomination. Cette norme nous renvoie à la vieille rengaine « ne pas vivre au dessus de ses moyens » ou « ne pas vivre à crédit ». Tout déficit commercial suppose en effet un bouclage macroéconomique par un flux entrant financier.
Il serait le signe pernicieux d’une volonté de consommation toujours mal vue : si on donne du pouvoir d’achat aux français ils vont acheter des voitures allemandes et creuser le déficit commercial ; il vaut mieux qu’ils se serrent la ceinture.
Plutôt que de se laisser aller à des analyses moralisatrices sur le comportement des français et leur liberté de choix, force est de se concentre sur une analyse scientifique.
 
2) Le financement naturel du déficit commercial
 
Un ajustement s’opère toujours en cas de déficit commercial prolongé: croissance de l’endettement ou ajustement de la monnaie. Là est la question la plus difficile à comprendre pour les profanes.
 
Un déficit commercial entre deux pays entraîne une sortie de monnaie nationale qui doit trouver un emploi. Deux solutions, pour faire simple, se présentent :
-soit le pays excédentaire investit les devises accumulées dans le pays déficitaire sous forme de titres de la dette publique (solution 1)
-soit le pays excédentaire vend les devises accumulées ce qui fait évoluer la parité monétaire entre les deux pays (solution 2)
Les Etats-Unis sont en déficit commercial avec la Chine : si les chinois vendent des dollars pour acheter leur monnaie nationale ils vont faire monter le yuan par rapport au dollar et renchérir leurs exportations aux Etats-Unis. Ils préfèrent placer leurs excédents en dollars en bons du Trésor américain qui leur rapportent un taux d’intérêt.
 
 
Trois conséquences peuvent être déduites :
 
Prenons la solution 1. On voit bien que l’expression « la Chine ou l’Europe finance par son épargne les déficits de la balance courante américaine » n’a pas de sens économique. Ce n’est pas l’épargne des uns (les pays excédentaires) qui finance le déficit des autres (les pays déficitaires). Il ne peut y avoir « épargne » (bénéfice) des premiers au terme des échanges que parce qu’il y a déficit préalable des seconds. Déficit commercial et accumulation de profits commerciaux ne vont pas l’un sans l’autre. L’«épargne » n’est qu’une conséquence du déficit commercial et sert au bouclage macroéconomique. Elle ne préexiste pas au déficit ; les Etats-Unis ne font pas main basse sur l’épargne nationale à notre détriment.
 
 Dans le cadre de la solution 1, il est nécessaire pour que le bouclage macroéconomique s’effectue que le pays commercialement déficitaire puisse offrir des titres de la dette publique et donc soit en déficit budgétaire.
Si on préfère que la solution 2 s’applique, on préfère alors que l’épargne constituée par
les excédents commerciaux, transformés en monnaie locale s’investisse dans le pays excédentaire.
Si les opportunités d’investissement ne sont pas suffisantes, ce qui est généralement le cas, ces capitaux ne peuvent trouver à s’employer qu’en titres de la dette publique. Ce qui suppose un déficit budgétaire dans le pays excédentaire.
Tout le problème vient de l’obsession de la valeur de la monnaie nationale, obsession rendue encore plus absurde dans le contexte des taux de changes flottants. Dans le cadre des taux de changes flottants, les ajustements se font sans intervention de la Banque Centrale ; l’ajustement est quotidien. Si on ne veut pas de modification des parités monétaires force alors est d’imposer une politique de déflation budgétaire pour empêcher un éventuel déficit commercial.
Ce fut le cas lors de la création du Système Monétaire Européen, les parités des monnaies européennes entre elles ne devaient pas varier de + ou – 2,25% par rapport au taux pivot. Ce fut le cas pour la préparation de l’euro où les parités entre monnaies candidates à l’euro ne devaient pas évoluer. Avec la création de l’euro, l’obsession de la valeur monétaire devient incompréhensible à moins qu’elle ne serve de paravent à une politique économique à but financier. Ce qui revient à dire qu’une autre politique économique favorisant le plein emploi est possible dans la zone euro.
 
 
3) La vérité sur le solde commercial français
 
-En 2006, le déficit commercial de la France est d’environ 30 milliards d’euros. En matière statistique, il est important de comparer ce qui est comparable.
Par rapport au Pib, le déficit de la balance courante de la France est de -1,9% du Pib. L’Allemagne à +4,4%, l’Italie -2,3%, La Grande Bretagne -2,2%, l’Espagne -8,4%.
En comparaison avec les autre pays européens, le résultat français n’est pas en soi un désastre.
 
 
-l’euro change la donne
Si on compare les grands zones économiques, en 2006, le solde de la balance courante des Etats-Unis est à -6,5% du Pib, le solde du Japon est à +3,7% et celui de la zone euro est à -0,4%. Or, la création de l’euro change la donne : on ne peut plus raisonner par pays mais en zone euro. Le déficit est alors dérisoire. Le déficit commercial de la France a autant de sens que le déficit commercial d’une région française par rapport à celui de la France. On n’a pas encore tiré les conséquences de la création de l’euro. Le déficit commercial français n’a plus aucun aspect de contrainte.
Le déficit commercial français n’a jamais été un problème en soi : son financement a toujours été assuré. Il a constitué une contrainte dans la mesure où l’objectif économique était le maintien d’une politique de taux de change (SME, préparation à l’euro). Aujourd’hui, il n’a aucune espèce d’importance dans la zone euro. Ce qui importe, c’est une politique de change de l’euro vis à vis du dollar.
 
Débarrassée de ce faux problème, une politique keynésienne doit être mise en œuvre pour régler la question du plein emploi.
 
 
 
 
 
 
 

En finir avec l'épouvantail du déficit commercial | Page 1 sur 4 | Pourquoi les Etats sont ils en déficit ?
 ACTIONS
Copyright (c) 2010 Pierre-Yves Collombat   Terms Of Use  Privacy Statement