Chers ours slovènes (*)
Un récent rapport d’information, du député de l’Ariège Augustin
Bonrepaux donne une idée des dépenses générées par la réintroduction dans les Pyrénées des trois premiers ours slovènes et par leur suivi jusqu’en 2005 : 12 millions d’euros, soit 400 000 euros par an et par animal.
Ces dépenses vont croissant, de 780.000€ en 1995 à 1 857 000€ en 2005. En 2006, avec le lâcher de cinq ours supplémentaires, elles pourraient atteindre 2 250 000€ puis se stabiliser autour de 2 millions d’euros par an en vitesse de croisière.
Si le coût des opérations initiales (capture et lâcher) est relativement modeste (304.268 €, mais quand même quelque 100.000 € par animal), les dépenses collatérales le sont beaucoup moins.
Les plantigrades slovènes mobilisent en permanence une équipe de l’Office National de la Chasse et de la Faune sauvage de huit agents (coût annuel 889 000 €), équipe portée à dix en 2006. S’y ajoutent divers intervenants directs (ONF, associatifs etc.), soit quatre personnes puis six à partir de 2006. En intégrant le personnel administratif, quinze personnes en année normale et vingt en 2006 sont ainsi directement mobilisées, sans compter l’équivalent d’une brigade de gendarmerie de douze hommes.
De 178 000€ par an les cinq premières années, le coût de l’équipe de suivi passe en 2006, avec «l’équipe technique ours» à 670 000 €.
A ces dépenses, il convient d’ajouter les mesures d’accompagnement (chiens de protection, héliportage, bergers itinérants etc.) pour un coût équivalent à celui de l’équipe de suivi, les aides et indemnisations aux éleveurs (700 000€ en 2005), les frais de communication (180 000 € en 2005).
Hors budget spécifique, on devrait comptabiliser aussi les subventions aux associations de protection (500.000€ en 2005).
Comme on voit, le total des coûts directs et indirects fait une ardoise conséquente.
Pour quels résultats ?
Au final, le rapporteur constate l’inadaptation manifeste des ours slovènes aux réalités pyrénéennes, et doute du succès du plan de réintroduction gouvernemental.
En Slovénie, les ours vivent dans des forêts denses, peu accidentées et peu touristiques. Suivis régulièrement par les services forestiers, ils sont alimentés régulièrement sur des aires de nourrissage. Leurs conditions d’existence sont donc très différentes de celles de la haute montagne où ils doivent trouver leur nourriture perturbant ainsi la vie des troupeaux.
Les installer dans la moyenne montagne pyrénéenne, ce qui correspondrait le mieux à leur biotope naturel, est impensable, vu le danger que cela représenterait dans une région aussi peuplée.
Pour Augustin Bonrepaux, plutôt que de lâcher des animaux sur un territoire très vaste et non limité, il serait préférable de les cantonner dans un parc de plusieurs milliers d’hectares, propriété de l’État, où ils pourraient être suivis par ses services, comme en Slovénie.
Les faits se sont rapidement chargés de rappeler qu’il est risqué d’ignorer les lois de la pesanteur naturelle.
Ainsi l’ours Balou, lâché l’année dernière en grande pompe - présence de la Ministre de l’Écologie, et du développement durable escortée de trois escadrons de Gendarmerie- échappant à l’autorité de Madame Nelly Olin, a-t-il quitté le haut pays pour s’en aller vagabonder un petit mois en direction de Toulouse, mobilisant son équipe de suivi, les brigades de Gendarmerie, la protection civile, les services préfectoraux de deux départements.
« Ce n’est qu’après des journées de survol en avion de tourisme, écrira Augustin Bonrepaux au Premier Ministre, que ce fauve a pu être localisé en Basse Ariège. Sa présence dans cette zone boisée paraissant dangereuse pour la population, il a été capturé et transporté par hélicoptère dans la zone qui lui avait été affectée. »
Puis vint le tour de l’ourse Sarousse de quitter la haute montagne et, comme
Balou d’agiter la population, les services de sécurité et des préfectures.
Après le bouffon, le drame. En août 2006 l’ourse Palouma, peu familière du relief accidenté de la haute montagne, fait une chute mortelle dans une haute vallée pyrénéenne. Les gendarmes seront une fois encore sollicités pour l’héliportage de la dépouille du lieu de l’accident à l’école vétérinaire chargée de l’autopsie. Il ne reste donc plus qu’une seule femelle sur l’ensemble du territoire, ce qui semble insuffisant pour assurer le repeuplement de l’espèce, même si l’intéressée met du cœur à l’ouvrage.
Hvala (« merci » en slovène) vient, en effet, de donner naissance à deux oursons ce printemps 2007, sur la commune haute garonnaise de Melles (cela ne s’invente pas !).Si l’heureuse maman et les petits se portent bien, on ignore si le père est un compatriote rencontré avant le départ pour la douce France ou un Ursus arctos local, ce qui seraitmeilleur présage.
Les ours savent être de bons amuseurs publics et des clients médiatiquesde choix. Qu’importe l’argent public dépensé pour des résultats aléatoires et non sans risque pour ce qui peut rester d’économie pastorale montagnarde. Quand les médias, autant dire les Français, s’occupent des ours, ils ne remettent pas en question l’essentiel : que l’on puisse continuer à brûler la planète par les deux bouts, entasser les déchets, enrichir à la fois ceux qui les produisent et souvent les détruisent.
Pierre-Yves COLLOMBAT
Président de l’AMR83
1er vice-Président de l’AMRF
Sénateur du Var
(*) Lettre des Maires Ruraux mai-juin 2007
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