HOMMAGE A PIERRE JASSAUD

Mourir c’est disparaître par une fente invisible.
Le « disparu » n’est plu et pourtant, il est toujours là, là dans nos esprits, notre mémoire, notre corps.
Pierre JASSAUD, vient de se retirer sur la pointe des pieds, à sa manière discrète mais, pour nous ses collègues, ses amis, c’est comme s’il était toujours là, continuant à suivre son chemin.
Le chemin de la résistance, emprunté très tôt, avec pour origine une inoxydable capacité d’indignation.
Président du comité Est-Var de l’ANACR, c’est par l’entretien des valeurs de la Résistance, la dénonciation du défaitisme intéressé, des fossoyeurs de la République, que Pierre a continué le combat de sa jeunesse, un combat commencé aux temps obscurs du désespoir et du renoncement.
Je le revois lors des discussions qui meublaient les temps de déplacement en commun vers telle ou telle réunion à l’autre bout du Var.
On parlait de tout, de nos communes toujours, de politique et des mœurs publiques souvent. Lorsque montaient en lui des bouffées d’indignation, c’est comme s’il suffoquait.
Alors, les mots se bousculaient dans sa bouche, dans une sorte de processus de libératoire accéléré. Disparue l’apparente sérénité derrière laquelle il se protégeait.
Pierre, en effet, était un inquiet, inquiet des autres, du travail bien fait.
Cette inquiétude explique qu’il ait tant réalisé, pour sa commune, relevée des ruines, pour son canton doté des services indispensables à la vie moderne, pour les communes de montagne et leur inégalable beauté, pour les communes rurales.
Membre fondateur, il y aura 23 ans de l’Association des Maires Ruraux du Var, il en est demeuré continûment l’actif trésorier et le délégué assidu à ses assemblées nationales lyonnaises.
Pierre JASSAUD était le maire rural par excellence.
Maire rural : cette étrange particularité française née avec la Grande Révolution perpétuant l’esprit de liberté et l’attachement à un territoire à défendre contre vents et marées.
Tocqueville l’a exprimé dans une forme définitive : « C’est dans la commune que réside la force des peuples libres. Les institutions communales sont à la liberté ce que les écoles primaires sont à la science ; elle la mettent à la portée du peuple ; elles lui en font goûter l’usage paisible et l’habituent à s’en servir. Sans l’institution communale une nation peut se donner un gouvernement libre, elle n’a pas l’esprit de liberté » Aussi ajoute - t-il, la liberté communale est chose « fragile » car « Une société très civilisée ne tolère qu’avec peine les essais de la liberté communale ».
Certes Bargème est une toute petite commune aux moyens limités et qui pour cela a eu besoin, a besoin, de la solidarité de collectivités plus grandes, mais quels résultats, grâce à la ténacité d’un homme soutenu par la confiance et l’engagement derrière lui de ses concitoyens ! Quel système est-il capable de faire mieux ?
Si nous sommes si nombreux aujourd’hui en ce haut lieu du Var, c’est bien que nous sentons tous qu’il s’y est passé quelque chose d’exceptionnel.
Repose en paix, mon cher Pierre, ce que tu as accompli demeure, fondé en terre et plus encore dans la mémoire de tes amis et collègues. |