mardi 24 mai 2022
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 Rapport

ADMINISTRATION GÉNÉRALE ET TERRITORIALE DE L’ÉTAT
Par M. Pierre-Yves COLLOMBAT, 
Sénateur du var.

Avis présenté  au nom de la commission des lois constitutionnelles, de législation, du suffrage universel, du Règlement et d’administration générale (1) sur le projet de loi de finances pour 2016, ADOPTÉ PAR L’ASSEMBLÉE NATIONALE,

ADMINISTRATION GÉNÉRALE ET TERRITORIALE DE L’ÉTAT
Par M. Pierre-Yves COLLOMBAT, Sénateur du var.

Avis présenté au nom de la commission des lois constitutionnelles, de législation, du suffrage
universel, du Règlement et d’administration générale (1) sur le projet de loi de
finances pour 2015, ADOPTÉ PAR L’ASSEMBLÉE NATIONALE,
TOME I

 Rapport de M. Pierre-Yves COLLOMBAT, portant réforme de la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité.


  

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Marianne animatrice ou le déclin de la République - octobre 2003


« Je ne concevais pas d’autre manière de vous rendre heureux que par le bonheur commun.
J’ai échoué. »
Gracchus BABOEUF
avant de mourir, à sa femme et ses trois enfants.


Juste avant le Beaujolais de l’année et le grand salon des Maires de France, on sut que désormais Marianne aurait les traits et le buste d’Evelyne THOMAS dont l’émission vedette, « C’est mon choix », met le Service Public au niveau de ses concurrents. Chargée, par ailleurs des shows de bienfaisance des débuts de soirée de FR3, le dernier avec Bernadette CHIRAC, on ne peut imaginer plus proche des Français.

On apprit qu’elle avait été désignée, à l’unanimité,  par un « Comité des maires de France »,  350 champions du développement local. Ils l’avaient préférée  à  Sophie MARCEAU, Carla BRUNI, Cécilia SARKOZY, pour ses « qualités républicaines », sa « personnalité », son « dynamisme », son côté « proche des gens ».

En fait de « Comité des maires de France », il s’agissait du  « Comité de la Marianne d’or », d’Alain TRAMPOGLIERI ; question « qualités républicaines », interrogée par « Le Parisien », l’intéressée déclara ne pas savoir ce que cela voulait dire, confirmation qu’elle était bien « proche des gens ».

Les réactions ne se firent pas attendre.

Echaudée par l’épisode Laetitia CASTA, quatre ans plus tôt, l’AMF fit savoir qu’elle n’était pour rien dans cette opération et n’entendait pas laisser dire le contraire.

On fit remarquer que le physique d’Evelyne THOMAS était trop banal pour incarner Marianne. C’était joindre l’erreur à la goujaterie.

« Je pourrais être la voisine de monsieur Tout le Monde, explique l’intéressée. La bonne copine qui n’est ni trop, ni pas assez. En résumé, une fille normale, mais avec du caractère. » Le temps de Marianne symbole de la jeune fille des faubourgs populaires ouvriers est révolu. Est venu celui de la ménagère de moins de cinquante ans, « cœur de cible » des émissions d’Evelyne THOMAS et de ses semblables.

Les pisse froid, objectèrent que vivre avec son temps, ne signifiait pas nécessairement vivre avec ce que ce temps a de pire, la tête dans la « télé poubelle ». Et d’évoquer l’utilisation d’une claque hurlante pour ponctuer les temps forts de «C’est mon choix », les thèmes traités : « j'impose un régime alimentaire à mon enfant », «  j’ai passé ma vie à faire des régimes », « je me suis fait refaire tout le corps », « un prêtre se marie », « l’institutrice devenue trapéziste par amour », « mon animal a tous les droits », « homo, j'ai voulu avoir des enfants », « je cultive ma ressemblance avec une star », « je reste vierge avant le mariage », « je communique avec l’au-delà », «ma meilleure amie ne me fréquente que par intérêt »…

Ils rappelèrent qu’à la fin de l’année 2000, le CSA lui-même s’était ému d’un tel étalage de « voyeurisme » et de « sensationnalisme ». La classe politique avait suivi. Il y avait les critiques, enfermés dans leur conception passéiste du Service Public. Il y avait les modernes, telle Ségolène ROYAL, alors Ministre Déléguée à la Famille et à l’Enfance. Elle reconnut volontiers regarder régulièrement avec ses enfants, une émission apportant « une certaine forme de tolérance ».

Le patron de FR3, Marc TESSIER, répliqua dans « Le Monde » : « N’en faisons pas (il s’agit de l’émission) le bouc émissaire d’une société en mal d’équilibres et d’objectifs collectifs, mais plutôt la pionnière du vivre ensemble. »

Tout était dit. C’était à l’avènement d’une nouvelle forme du « vivre ensemble » et du politique qui s’opérait sous nos yeux : la mutation de la République en « démocratie médiatique d’opinions ».

Pour ses propagandistes la « démocratie médiatique d’opinions » est un perfectionnement de la République, une manière de rajeunir la démocratie représentative par la démocratie directe, de la rapprocher des citoyens qui s’en détournent.

Ils se trompent et ils nous trompent : la « démocratie médiatique d’opinions » est le contraire de la République : une oligarchie tempérée par la démagogie.

La res publica, c’est « la chose du peuple », ce qui est commun. Selon son principe la réalisation de l’intérêt ou du bonheur particulier passe par celle de l’intérêt ou du bien être général. Ses figures emblématiques ont le visage du dévouement à la cause commune. En « démocratie médiatique d’opinions », la « chose publique » n’est que la forme temporaire des biens collectifs avant leur appropriation. N’existent que des intérêts particuliers dont la réalisation est, en même temps, celle de l’intérêt général. Les vertus essentielles y sont le réalisme qui permet de réussir, la tolérance qui rend compatibles les stratégies individuelles, la bienfaisance qui maintient le « vivre ensemble » à un niveau de violence acceptable.

En République, les citoyens, directement ou indirectement par leurs représentants, au terme d’un débat public réglé, décident du bien commun. La valeur d’une position dépend de la qualité des arguments qui la soutiennent et de sa capacité à concilier les variables opposées d’un même problème, le souhaitable et le possible, les objectifs et les moyens.

En « démocratie médiatique d’opinions », on ne débat pas, on « dialogue ». Mon opinion ne vaut pas parce qu’elle est raisonnée, mais  parce que c’est la mienne et que mon choix vaut celui des autres. Ici, le « citoyen » ne fait pas de politique, il ne participe pas à la construction d’un monde commun mais  s’adapte au train du monde. La cohérence, la compatibilité de ses choix avec ceux des autres ne sont pas de sa responsabilité.

« L’évolution de la société place chaque individu devant une multitude de choix, peut on lire sur le site internet de « C’est mon choix ». L’engagement clair et assumé d’une option ou d’une autre suscite discussion, échanges et controverses.

Avec « C’est mon choix », France 3 propose une offre de programme différente, des rencontres qui peuvent donner envie à chacun de faire ses propres choix et d’assumer qui il est, ou de devenir qui il voudrait être. ».

Autant dire qu’en « démocratie médiatique d’opinions », plus le peuple est consulté, moins il décide. D’ailleurs, hormis dans la vie privée, il n’y a rien à décider. La lucarne médiatique, en charge du magistère des questions qui comptent, délimite le champ de la conscience, toute occupée à s’adapter et quand ce n’est pas possible, à oublier le cours du monde et l’oligarchie dont il assure la prospérité.

Conclusion :

Si on peut légitimement contester le choix d’Evelyne THOMAS comme modèle de Marianne républicaine, nul ne peut douter, sans mauvaise foi, de sa capacité à incarner ce que la République devient chaque jour un peu plus, à savoir le contraire d’elle-même.

 


Etat unitaire et autonomie locale | Page 24 sur 25 | Gentil n'a qu'un oeil

  

 PUBLICATIONS

La lettre du Sénateur N° 45 Octobre Novembre Décembre 2015 

LA CRISE GRECQUE ET LE THEÂTRE PARLEMENTAIRE

POURQUOI L’ACCORD DE BRUXELLES EST UNE TROMPERIE

RETOUR SUR LA LOI MACRON (7/17 avril, 4/12 mai 2015)

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