mardi 28 juin 2022
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 Rapport

ADMINISTRATION GÉNÉRALE ET TERRITORIALE DE L’ÉTAT
Par M. Pierre-Yves COLLOMBAT, 
Sénateur du var.

Avis présenté  au nom de la commission des lois constitutionnelles, de législation, du suffrage universel, du Règlement et d’administration générale (1) sur le projet de loi de finances pour 2016, ADOPTÉ PAR L’ASSEMBLÉE NATIONALE,

ADMINISTRATION GÉNÉRALE ET TERRITORIALE DE L’ÉTAT
Par M. Pierre-Yves COLLOMBAT, Sénateur du var.

Avis présenté au nom de la commission des lois constitutionnelles, de législation, du suffrage
universel, du Règlement et d’administration générale (1) sur le projet de loi de
finances pour 2015, ADOPTÉ PAR L’ASSEMBLÉE NATIONALE,
TOME I

 Rapport de M. Pierre-Yves COLLOMBAT, portant réforme de la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité.


  

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Exception française – avril 2004


« Mon esprit est ma propre église »
Thomas PAINE

«Les lumières, dit E. KANT, c’est pour l’homme sortir d’une minorité qui n’est imputable qu’à lui. La minorité, c’est l’incapacité de se servir de son entendement sans la tutelle d’un autre...Aie le courage de te servir de ton propre entendement: telle est donc la devise des lumières.»

De ce projet de réforme intellectuelle, cinq ans plus tard, la Révolution Française devait faire un projet politique, au sens propre, inouï.

L’école, dont dépend la diffusion à tous des lumières y tient une place essentielle. On en attend certes l’amélioration des conditions d’existence de chacun en particulier et de la nation en général, mais sa mission essentielle, comme dit CONDORCET, est que «chacun devienne de plus en plus digne de se gouverner par sa propre raison.».

Citoyenneté, exercice effectif de la souveraineté qui définit la démocratie, autonomie du jugement acquise par l’école forment un ensemble indissociable  pour les républicains comme pour leurs adversaires.

La tutelle séculaire pesant sur l’école étant celle de l’Eglise, elle ne pouvait être cet espace de formation des esprits libres qu’en échappant aux controverses et au contrôle religieux. L’école sera donc laïque dans ses personnels, ses programmes, ses méthodes et sa déontologie.

Mais cela ne suffit pas. Il faut aussi que le temps de leur présence à l’école, les élèves adoptent une disposition d’esprit laïque, c'est-à-dire acceptent de remettre en cause leurs propres convictions : «La République est fondée sur la liberté de penser: non pas la simple possibilité, mais l’obligation pour tous de penser librement…La République, sous peine de se nier elle-même, ne peut tolérer qu’un seul individu aliène, par avance et par principe sa liberté d’opinion.» (C NICOLET « La République en France »).

D’où l’exclusion non seulement des signes de militance religieuse ou politique mais aussi de toute marque de conformité de l’esprit. Or, avec le temps, la hiérarchie des urgences se modifie.

Aujourd’hui la liberté des esprits en formation est plus menacée par l’éteignoir médiatique et mercantile que par tous les prosélytismes religieux ou partisans réunis. Le conformisme vestimentaire, comportemental et langagier des adolescents esclaves consuméristes volontaires est un bon indicateur de l’état des lieux.

Le danger principal ne doit pas être recherché du côté des dogmatismes mais de «la montée de l’insignifiance» selon la formule de CASTORIADIS, d’une société «dans laquelle toute critique perd son efficacité. » 

La laïcité scolaire, à la française, est donc autre chose que la «tolérance», que le respect des différences; autre chose aussi que la «neutralité» de l’Etat, de ses institutions, de ses fonctionnaires, simples acteurs fonctionnels indifférents à toute valeur.

F BUISSON observait déjà que la neutralité scolaire, d’abord combattue, était devenue une position de repli et une arme pour les adversaires de l’école laïque. Ils disent aux enseignants publics: «soyez neutres, mes bons amis! Ils veulent dire: soyez nuls !». Et F BUISSON de conclure: «L’école (…) inspirera toujours quelque chose, à savoir tout au moins l’amour de la République et le respect de la souveraineté de la Raison.».

L’institution d’esprits affranchis des tutelles et critiques de leurs plus intimes convictions constitue le cœur du projet républicain pour  l’école. C’est d’abord un projet politique, même s’il est aussi social (amélioration des conditions et réductions des inégalités) et économique (qualification et développement des forces productives).

Cette conception particulière de l’école nous la tenons de notre histoire. Déferlante libérale aidant, elle est minoritaire hors de nos frontières, et de plus en plus à l’intérieur. L’école des managers et des sociologues est un outil de gestion sociale ou économique parmi d’autres. Sa première fonction est le maintien de la paix sociale par l’intégration, le pansement des plaies de l’inégalité, l’initiation à la société de consommation, à la démocratie médiatique d’opinion, et à l’optimisation des ressources humaines. Voir dans l’école un espace critique à préserver passe pour un archaïsme incompréhensible quand ce n’est pas une atteinte aux droits de l’homme.

A ceux qui s’étonnent de cette exception française on fera observer que ce particularisme est aussi un universalisme et un projet politique toujours d’actualité: faire de chaque esprit un esprit libre.


Bons baisers de Versailles | Page 21 sur 25 | Pitoyable réforme des modes de scrutins

  

 PUBLICATIONS

La lettre du Sénateur N° 45 Octobre Novembre Décembre 2015 

LA CRISE GRECQUE ET LE THEÂTRE PARLEMENTAIRE

POURQUOI L’ACCORD DE BRUXELLES EST UNE TROMPERIE

RETOUR SUR LA LOI MACRON (7/17 avril, 4/12 mai 2015)

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